
Comme le séminaire « René Girard et Simone Weil. Violence et vérité » organisé par l’Association Recherches Mimétiques et l’Institut Catholique de Paris a débuté. Et que les objectifs des Six rendez-vous du séminaire sont affichés : éclairer, aujourd’hui l’une par l’autre, la métaphysique religieuse de Simone Weilet l’herméneutique anthropologique de René Girard.
Il est logique d’illustrer cet article par l’image de La Passion de Simone, oratorio composé par Kaija Saariaho sur un livret français d’Amin Maalouf, qui se veut « un chemin musical en quinze stations »
Et de donner la possibilité de écouter ce magnifique oratorio.
Cette musique et ce livret sont pleines de symboles, de ceux qu’un conseiller en musique du xx siècle, producteur à France-Musique décrit dans son article « Dominique JAMEUX, « SYMBOLE », Encyclopædia Universalis ».
Sur ce blogue, nous donnons la possibilité d’écouter les conférences mensuelles du séminaire. Elles sont passionnantes !
Voici celle du mardi 6 janvier 2026 :
— Jérémie Delsart : « Simone Weil lectrice de l’Ancien Testament: une série de problèmes à la lumière de René Girard»
— Pierre-Yves Gomez : « Peut-on conserver l’hypothèse de neutralisation en sciences sociales après Weil et Girard ? »
Voici celle du mardi 3 février ́ :
— Christine Orsini : « Force et Violence, lecture croisée de Weil et Girard »
— Camille Mairian : « Désir et conversion chez Simone Weil et René Girard »
Camille Mairian a changé sa conférence et a donné, au préalable, les extraits cités des œuvres de Simone Weil et René Girard. Les voici, car les avoir, sous les yeux, aident la vision de sa conférence.
Nous diffusons ces conférences, car nous pensons au café coworking Le Simone à Lyon. Il lance un cycle de formation et de réflexion ouvert à tous, pour redécouvrir la richesse de la Doctrine sociale de l’Église, articuler foi et engagement concret, et nourrir un regard chrétien sur les questions sociales…sous la tutelle inspirante de Simone Weil. Ces conférences seront donc très utiles pour une réflexion féconde.
Nous l’incluons dans la série désir d’être, car beaucoup ne regardent, ne lisent et comprennent l’œuvre de Simone Weil, qu’à travers son expérience mystique.
C’est l’option de Kaija Saariaho et d’Amin Maalouf, dans son oratorio, comme vous pouvez en juger, par le « très acclamé » extrait (durée 6’ 25) « L’amour de loin », présentée ainsi : « Sur la structure des Passions de Bach, la partition unique et pleine de suspense de Saariaho, interprétée par la chanteuse de cour Anne Sofie von Otter en tant que soliste, plonge l’auditeur dans la vie et les pensées de Simone Weil. »
Comme l’a rappelé Christine Orsini, dans sa conférence, Simone Weil a une culture scientifique solide et prône l’analogie, comme méthode de pensée.
Voici, pour compléter sa conférence, une citation de Simone Weil
« C’est par l’algèbre que la science est devenue un instrument indépendant de la pensée, indépendant des individus, et qui, par sa masse, leur échappe, une sorte de machine dont seule la collectivité dispose. Il faudrait une science qu’il fut impossible de détacher des hommes. Une telle science existerait peut-être si, au lieu d’employer l’algèbre comme moyen de connaissance, on employait une méthode fondée sur l’analogie. « J’ai rêvé parfois d’un manuel de physique pour écoles primaires, où l’interprétation des phénomènes naturels serait exclusivement présentée sous l’aspect d’analogies successives, de plus en plus exactes, et cela en partant de la perception (…). Ainsi, pour la lumière, on commencerait par la liste de tous les cas où la lumière se comporte comme quelque chose d’analogue à un mouvement, pour passer ensuite à l’analogie avec un mouvement rectiligne, à l’analogie avec les ondes…
Et Simone Pétramant, auteure de « La vie de Simone », note qu’elle souhaite « une étude approfondie des instruments de travail, non plus d’un point de vue technique (…) mais quant à leur rapport avec l’homme, avec la pensée humaine » Elle pense en effet que la libération de l’ouvrier doit se faire dans le travail même, et que le travail, pour devenir celui d’un homme libre, doit être pénétré de pensée, d’invention, de jugement.
Avec ces extraits d’une réponse à une lettre d’Alain, publiée dans « Sur la science », Simone Pétramant note que Simone Weil esquisse un programme de travaux collectifs ; elle voudrait « lancer un appel à tous ceux qui savent ou font effectivement quelque chose »
La diffusion de ces conférences ressort de cet appel.
La question de ce désir d’être ne peut être recevoir une réponse que par ce travail collectif de réflexion !
Pour ceux qui veulent approfondir « l’analogie »:
Pierre DELATTRE, Alain de LIBERA, « ANALOGIE », Encyclopædia Universalis
Robert BLANCHÉ, « RAISONNEMENT », Encyclopædia Universalis