
Simone Weil et Robert Schuman ont en commun d’avoir été méprisés, à un moment de leurs vies, par Charles De Gaulle et d’avoir été heurtés par les deux guerres mondiales du XXème siècle. Ce sont les seuls points communs.
Simone Weil était pacifiste, de conviction, et n’a pu traverser la deuxième. Cette guerre, après la guerre civile espagnole, a profondément marqué sa pensée. Elle n’a donc pas pu agir, après ce drame.
« Le parcours politique de Robert Schuman atteignit son point culminant quand, ministre des Affaires étrangères, il prononça la déclaration fondatrice de la communauté européenne du charbon et de l’acier, le 9 mai 1950. Dans l’esprit de celui qui allait devenir le père de l’Europe, il s’agissait de mettre fin à des décennies de guerres fratricides entre la France et l’Allemagne et d’établir de nouveaux rapports entre Etats qui rendraient un conflit non seulement impensable, mais matériellement impossible. Cette main tendue à l’ennemi héréditaire, geste empreint de pardon et de charité chrétienne, fut la réponse politique de Robert Schuman à l’hostilité et au désir d’humiliation qui présidaient jusqu’alors dans les relations franco- allemandes. » écrit en 2022 Ghislain Knepper
Voici la déclaration intégrale, que vous pouvez trouver, par exemple sur https://www.touteleurope.eu/histoire/declaration-schuman-le-texte-integral-et-la-video/
« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.
La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d’une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre.
L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne.
Dans ce but, le gouvernement français propose immédiatement l’action sur un point limité mais décisif.
Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe.
La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes.
La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. L’établissement de cette unité puissante de production ouverte à tous les pays qui voudront y participer, aboutissant à fournir à tous les pays qu’elle rassemblera les éléments fondamentaux de la production industrielle aux mêmes conditions, jettera les fondements réels de leur unification économique.
Cette production sera offerte à l’ensemble du monde sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au développement des œuvres de paix. L’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l’une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain.
Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d’intérêts indispensable à l’établissement d’une communauté économique qui introduit le ferment d’une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.
Par la mise en commun de productions de base et l’institution d’une Haute Autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l’Allemagne et les pays qui y adhéreront, cette proposition réalisera les premières assises concrètes d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix.
Pour poursuivre la réalisation des objectifs ainsi définis, le gouvernement français est prêt à ouvrir des négociations sur les bases suivantes.
La mission impartie à la Haute Autorité commune sera d’assurer dans les délais les plus rapides : la modernisation de la production et l’amélioration de sa qualité, la fourniture à des conditions identiques du charbon et de l’acier sur le marché français et sur le marché allemand, ainsi que sur ceux des pays adhérents, le développement de l’exportation commune vers les autres pays, l’égalisation dans le progrès des conditions de vie de la main-d’œuvre de ces industries.
Pour atteindre ces objectifs à partir des conditions très disparates dans lesquelles sont placées actuellement les productions des pays adhérents, à titre transitoire, certaines dispositions devront être mises en œuvre, comportant l’application d’un plan de production et d’investissements, l’institution de mécanismes de péréquation des prix, la création d’un fonds de reconversion facilitant la rationalisation de la production. La circulation du charbon et de l’acier entre les pays adhérents sera immédiatement affranchie de tout droit de douane et ne pourra être affectée par des tarifs de transport différentiels. Progressivement se dégageront les conditions assurant spontanément la répartition la plus rationnelle de la production au niveau de productivité le plus élevé.
A l’opposé d’un cartel international tendant à la répartition et à l’exploitation des marchés nationaux par des pratiques restrictives et le maintien de profits élevés, l’organisation projetée assurera la fusion des marchés et l’expansion de la production.
Les principes et les engagements essentiels ci-dessus définis feront l’objet d’un traité signé entre les Etats et soumis à la ratification des parlements. Les négociations indispensables pour préciser les mesures d’application seront poursuivies avec l’assistance d’un arbitre désigné d’un commun accord ; celui-ci aura charge de veiller à ce que les accords soient conformes aux principes et, en cas d’opposition irréductible, fixera la solution qui sera adoptée.
La Haute Autorité commune chargée du fonctionnement de tout le régime sera composée de personnalités indépendantes désignées sur une base paritaire par les gouvernements ; un président sera choisi d’un commun accord par les gouvernements ; ses décisions seront exécutoires en France, en Allemagne et dans les autres pays adhérents. Des dispositions appropriées assureront les voies de recours nécessaires contre les décisions de la Haute Autorité.
Un représentant des Nations Unies auprès de cette autorité sera chargé de faire deux fois par an un rapport public à l’ONU, rendant compte du fonctionnement de l’organisme nouveau, notamment en ce qui concerne la sauvegarde de ses fins pacifiques.
L’institution de la Haute Autorité ne préjuge en rien du régime de propriété des entreprises. Dans l’exercice de sa mission, la Haute Autorité commune tiendra compte des pouvoirs conférés à l’Autorité internationale de la Ruhr et des obligations de toute nature imposées à l’Allemagne, tant que celles-ci subsisteront »
Et la vidéo de quelques moments de son discours
Ghislain Knepper décrit ensuite ce que devint Robert Schuman « L’arrivée au pouvoir du général de Gaulle sonna le glas de la vie politique nationale de Robert Schuman. Celui qui avait initié (…) un projet de réconciliation des peuples, se fit le « pèlerin de l’Europe ». (…) Il exerça les fonctions de premier président de l’Assemblée parlementaire européenne qui lui attribua, le 19 mars 1960 en la fête de Saint-Joseph, le titre de « Père de l’Europe. »
Il accepta cette mise à l’écart, et cette acceptation sincère et sans arrière-pensées ne fut pas étrangère à l’attribution de ce titre. Celui-ci transforma cet homme en « symbole », sans s’intéresser à ses conceptions de l’Europe et en oubliant sa motivation première : La paix.
C’est ainsi que Laurent WARLOUZET : professeur d’histoire à Sorbonne Université, chaire d’histoire de l’Europe, écrit dans Encyclopædia Universalis « C’est en 1992 que l’Union européenne (UE) est née du traité de Maastricht (entré en vigueur en 1993). Elle est cependant issue d’une succession de traités et d’institutions dont l’origine remonte à 1950 (…) la « déclaration Schuman » du 9 mai 1950 – le 9 mai est devenu la journée de l’Europe, commémorée dans tous les États membres (et fériée au Luxembourg) ».
Je pourrais vous écrire que je suis le fils du filleul de Robert Schuman, et que celui-ci a transmis ses conceptions politiques et sociales à mon père, qui me les a transmises, à son tour, et que ses conceptions n’ont rien à voir avec celles du traité de Maastricht…Je pourrais rajouter que, dans le catholicisme, un parrain peut faire office de figure paternelle (ce fut le cas pour Robert Schuman vis-à-vis de mon père, qui avait 4 ans, quand mon grand-père est mort en 1924).
Ce serait rentrer dans un « combat » desservant la cause de la paix et que Robert Schuman n’aurait pas voulu.
Par contre, il faut absolument lire le livre remarquable de Ghislain Knepper, car il a eu accès aux documents utilisés pour la cause de la béatification de Robert Schuman. Il montre ainsi, sans s’occuper des idées de Robert Schuman, un modèle d’homme politique, atypique à l’heure actuelle, entièrement tourné vers la recherche du bien commun (la paix).
Simone Weil a laissé de nombreux écrits avec la découverte de concepts, qui permettent d’analyser le monde actuel et de pouvoir ainsi mieux agir pour la paix
C’est grâce à ses concepts, que j’ai pu conclure l’article
par cette phrase « Si cette guerre culturelle, dans laquelle, nous l’avons vu, sont impliqués les dirigeants européens, devait perdurer, les conséquences sont prévisibles. La Chine est un pays/empire avec un système sacrificiel, la Russie a le culte de la force. Le camp occidental risquerait de tomber dans ce « culte de la force ».
Avec la guerre en Iran, venant après les massacres en Palestine, ce n’est plus un risque, mais un fait. Et un Pedro Sanchez se retrouve bien isolé dans ce camp occidental.
Les commentateurs justifient le piétinement du droit international, et imposent donc ce « culte de la force », puisqu’ils osent dire ensuite, que le blocage du détroit d’Ormuz est contraire aux lois maritimes internationales….
Avec cet article, nous contribuons à la diffusion aux citoyens, du principe issu des travaux de Simone Weil, et employé par Robert Schuman
« Un homme est susceptible d’imposer des obstacles par un pouvoir de refus »