
Je savais, par mes recherches, comment dialoguer avec les partisans du projet de loi d’aide active à mourir : tout changement de cadre culturel, ou de culture s’inscrit, depuis un demi-siècle (au moins), dans une guerre culturelle. A l’heure actuelle, avec les réseaux sociaux, toute publication d’un article, d’un post d’un membre d’un des deux rivaux, implique une intervention (commentaires…) de membre (s) du camp rival. Il suffit de le repérer pour trouver ces adversaires, dont l’agressivité fréquente de leurs commentaires, ne font pas obstacle à un dialogue, du moment que vous n’appartenez pas à l’autre camp. Je choisis le post, sur Linkedin
L’auteur, Maroun Badr, PhD, y décrivait la mort de sa mère, dans des termes poignants, mais reflétant son appartenance aux opposants radicaux du projet de loi.
En commentaire, je donnais le lien de mon dernier article:
Où j’y relatais aussi l’expérience de la mort de ma mère
« Ma mère est morte en 2006. Depuis 15 ans, elle avait un cancer du sein. En 2005, une scintigraphie révéla une généralisation osseuse, et le médecin avertit que la phase terminale commençait.
Le choix fut fait de continuer à l’accompagner, à l’entourer…chez elle. Même la demande de soins palliatifs ne fut pas sollicitée. Même quand la maladie atteignit les os du crâne, que la douleur vint et qu’elle fut hospitalisée, elle préféra, après injonction de médicaments pour soulager sa douleur, retourner dans son appartement pour y mourir, une semaine plus tard.
Ce choix n’est ni admirable, ni proposé en modèle. C’était son choix, et celui de ses enfants, point barre. ». Cet « épisode de vie », raconté simplement, montre
- Que ma mère partageait la même culture que les partisans de ce projet
- La loi Claeys-Leonetti prévoyant tous les cas de fin de vie impliquant un soignant, une aide active à mourir ne nécessite pas l’intervention de soignants ou de pharmaciens.
Et dans l’article, cet épisode servait à introduire la question « Pourquoi cette loi « médicalise la fin de vie » (« les médecins doivent valider les demandes d’aides à mourir, prescrire et éventuellement administrer le produit létal, quel que soit leur avis sur le sujet ») ? » et à révéler le véritable danger de cette loi : Vu lesconditions de travail des équipes de soignants (quels que soient leurs fonctions d’aides-soignantes à docteures…), l’introduction d’une injonction paradoxale (soigner et aider à mourir), touchant au sens de leurs métiers, est un véritable danger pour leurs professions : Burn-out, suicides… !!!
Effectivement, le dialogue s’engagea et les commentaires furent sans agressivité (vous pouvez vérifier, puisqu’ils étaient publics). Mais ils furent instructifs de la part de ceux qui commentaient agressivement le post de Maroun Badr, PhD, J’ai sélectionné deux partisans de ce projet de loi, instaurant un droit à l’aide à mourir: Jean-Luc et Anne. Leurs premiers reflexes fut de minimiser le récit de la mort de ma Maman
Jean-Luc : « un beau texte mais confus, qui pourrait être entendu s’il n’était pas un peu simpliste, au regard des situations complexes de fin de vie. En fait il faut des soins palliatifs et une aide médicale active à mourir. » Il introduit le mot « médicale », ce qui me conduit à concevoir être face à une manipulation, par une technique courante évitant de répondre à une question gênante.
Anne : « j’ai souffert 7 années du pouvoir médical qui a fait vivre une vie de misère à ma mère. Vous avez eu de la chance que la maladie de votre maman lui ait permis d’échapper aux médecins… »
Avec une telle réponse, montrant une proximité culturelle (entre ma mère et elle), je m’attendais à un accord sur une proposition commune à adresser à nos parlementaires. Non, Anne se crut seulement obligée, après plusieurs échanges, de répondre à la fameuse question…et coupa court à tout échange…
- Moi « Anne, Je ne peux vous suivre, quand vous affirmez « .les états d ame des médecins je m en fiche ». Ce ne sont pas les seuls soignants. Je m’en préoccupe.
Je, et suis encouragé par le nombre important d’abstentions de députés, veux refuser tout pouvoir médical. Les soignants doivent soigner, là s’arrêtent leurs missions. » - Anne, « donc dans votre logique on doit tous pouvoir recourir à l euthanasie sans limitation médicale..moi cz me va mais soyons réaliste ça ne sera jamais voté. Donc si ça doit contrarier les toubibs..tant pis on mets une clause de conscience et on nous laisse avec ceux qui nous comprennent»
- Moi « je retiens donc votre réponse à mes questions. La seule justification, selon vous, à ce que les médecins puissent décider d’accorder l’aide à mourir (que vous nommez euthanasie) est la possibilité de faire voter cette loi. »
Convaincu de la manipulation, j’ai voulu étudier le rapport de la convention. En consultant la synthèse (1 page) et le manifeste (2 pages) et en les recoupant avec les commentaires du post de Maroun Badr, PhD, il est facile de trouver le mécanisme de la manipulation et d’en apporter la preuve.
Le manifeste, que vous pouvez télécharger
Montre la préoccupation unanime des citoyens choisis envers les équipes soignantes…
Et en extrayant de la synthèse du rapport de la convention ( à télécharger ci-dessous)
« Pour le courant de pensée prônant un accès dit universel (sans autre condition que la volonté du patient – 21,7%), l’accès à l’aide active à mourir fait l’objet d’un parcours et d’un accompagnement, sans que des conditions médicales ne soient prises en compte. Cette façon égalitaire et universelle de penser l’aide active à mourir pourrait permettre de répondre à toutes les situations »
Anne et Jean-Luc prône un tel accès dit universel. Moi, je prône un accès sans que des conditions médicales ne soient prises en compte. En prenant l’exemple de ma mère, je montrai, publiquement, que ceux qui veulent mourir, hors du cadre médical, le pouvaient facilement, avec la loi Claeys-Leonetti. La discussion sur ce cas aurait dû intéresser Anne et Jean-Luc. Leur volonté ostentatoire, sous un vernis de bienveillance (non naturelle, au vu de leurs commentaires agressifs habituels, dont ce post) , de minimiser la portée de ce cas démontre amplement la manipulation. Cette démonstration est renforcée
1- Par le refus de Claire Thoury (1)1, à la date du 11 sept.-25, de répondre à la question « Pourquoi cette loi « médicalise la fin de vie » (2) 2.
2- La composition de la convention, le pilotage (invitations et temps de parole des intervenants, groupes de travail) ne sont pas critiquables et ne seront pas critiqués dans cet article.
Reste à dévoiler le mécanisme de cette manipulation et ses motifs cachés. Si nous tirons de la synthèse du rapport de la convention, d’autres extraits, c’est très facile, en le comparant à un commentaire d’Anne.
« Le cadre actuel d’accompagnement de la fin de vie n’est pas adapté aux différentes situations rencontrées
Deux raisons principales : d’une part, l’inégalité d’accès à l’accompagnement de la fin de vie et, d’autre part, l’absence de réponses satisfaisantes face à certaines situations de fin de vie, notamment dans le cas de souffrances physiques ou psychiques réfractaires.
Face à ce constat, les citoyens ont une conviction : améliorer l’accompagnement de la fin de vie. »
« Au terme de débats nourris et respectueux, la Convention citoyenne s’est positionnée majoritairement (75,6% des votants) en faveur de l’aide active à mourir, modalité la plus adaptée pour respecter la liberté de choix des citoyens, combler les insuffisances du cadre légal actuel, notamment les limites de la sédation profonde et continue et mettre fin aux situations d’hypocrisie constatées. »
En étudiant dans le même cadre de la fin de vie, les soins palliatifs et l’aide à mourir, la convention citoyenne ne s’est pas posé la question de sortir l’aide à mourir du cadre médical. Les réponses de Jean-Luc et Anne, et le silence de Claire montre que c’est un choix volontaire (de qui ? Je ne le sais pas et peu importe).
Pour quelle raison ? = Dévoilement de la manipulation
Le constat de la convention : l’absence de réponses satisfaisantes face à certaines situations de fin de vie, et l’un de ses buts : mettre fin aux situations d’hypocrisie constatées, sont rendus concrets par Anne « Grâce à son ami mon père a pu choisir l euthanasie… j aimerai mourir en France sinon comme j ai les moyens ce sera Suisse ou Belgique..on est dans la situation que Simone Veil a traiter avec l IVG. Seuls les riches peuvent essayer de préserver leur mort des opnions,convictions, experimentations des médecins. »
LA MANIPULATION est dévoilée par ANNE: prendre des critères médicaux (forcément interprétables, sinon à quoi sert un diagnostic) et laisser à un médecin (ou une équipe médicale) le soin de juger de la validité du CONSENTEMENT des demandeurs d’aide à mourir. Et, ainsi, s’assurer que la manipulation peut se répéter: dénoncer les limites de la loi d’aide à mourir par les discriminations : Grâce à mon médecin mon père/ma mère/ma sœur a pu obtenir l’autorisation d’une aide à mourir, et pour le même cas, mon ami se l’est vu refuser, heureusement il avait les moyens et a pu Bla/bla/bla…Seuls les riches peuvent choisir leur mort. Comme maintenant, ce sera public, invérifié, malgré l’illégalité …
Pour sortir de LA MANIPULATION, il faut comprendre que ce sont les parlementaires qui légifèrent et leur écrire, avec trois arguments (que chacun est libre d’utiliser partiellement ou totalement
1- La convention, comme la société, constatant l’indignité des conditions actuelles de travail des soignants, veut les améliorer.
2-La convention, comme la société, refuse en conséquence, une loi « Aide à mourir » aggravant les conditions de travail des soignants : Mettre des critères médicaux et leur imposer de valider, selon ces critères, les demandes d’aides à mourir.
3-La convention, comme la société, veut voir évoluer la loi Claeys-Leonetti, tout en garantissant, ce qui veut dire un contrôle par une autorité, dont c’est le rôle, du consentement réel à une telle demande. Le consentement réel doit se situer hors de tout rapport de contrainte physique ou psychique, de chantage, de manipulation, d’emprise sur les esprits, hors de toute menace. La moindre pression, la moindre trace d’un rapport de force, détruit la réalité du consentement.
- (1) C’est le Conseil économique …, qui a organisé cette Convention. Pour piloter ce dispositif, le CESE a désigné un Comité de Gouvernance, présidé par Claire Thoury, membre du CESE.
- (2) La composition de la convention, le pilotage (invitations et temps de parole des intervenants, groupes de travail) ne sont pas critiquables et ne seront pas critiqués dans cet article.
❤
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